vendredi 12 avril 2013

Et au coeur de la vallée, la Course...

Après la claque prise en Champagne et en prévision d'une fameuse échéance belge de plus en plus proche, il devenait plus que temps de se remettre sérieusement au travail... Une fasciite qui commence doucement à se faire oublier, des sorties plus nombreuses et un peu plus réfléchies, il n'en faut pas plus pour que le plaisir revienne.

Alors après une belle promenade de 30 km le lundi 1er avril au coeur du Bassin Minier, Gus me propose d'en remettre une seconde couche en ce dimanche et d'aller voir un peu ce qu'il se passe du côté de la Vallée de la Course...


Même si Bezinghem n'est pas si éloigné en terme de kilomètres, le côté très pittoresque des routes du secteur nous contraint à nous lever sur les coups de 5h30. Un brouillard à couper au couteau au départ de Rebreuve et malheureusement le même coton à notre arrivée sur place... Impossible de contempler notre environnement ! L'atmosphère est assez surprenante : dans moins de trente minutes le départ sera donné et pourtant les sportifs se font rares, mais où sont-ils ?!

8h30 enfin sonné, nous comprenons que nous sommes finalement peu : moins d'une centaine à vouloir nous confronter à ces 30 kilomètres. Très peu de tête connues pour nous, puisque l'essentiel du peloton se compose de "trailers des sables" et notamment du club d'Outreau venu en force. A peine partis que je suis submergé de maillots oranges de tous les côtés ! Compte tenu de la faible visibilité, le côté "flashie" de leur tenue présente un avantage indéniable : impossible de se perdre, il suffit de les suivre... Gus est, quant à lui, déjà bien loin devant, parti pour tester le fruit du travail de ses dernières semaines...

Les allées du camping à peine quittées que nous découvrons rapidement ce que sera notre terrain de jeu : des passages à travers champs et pâtures se succédant les uns aux autres... Le brouillard encore tenace m'empêche de me repérer sur les premiers kilomètres. Pendant la courte traversée du village de Parenty, je ne m'aperçois même pas de la présence du château de la famille du Blaisel alors même que nous en traversons la magnifique allée arborée ! Mais j'aurai tout de même la présence d'esprit de remarquer notre passage au dessus des eaux de la Course (encore heureux !).

Parti pour surtout essayer de prendre du plaisir, j'évite soigneusement de monter trop haut dans les tours sur ces premiers kilomètres. Dès que la pente s'élève j'opte pour la marche et perds des places que je m'empresse de reprendre en déroulant au maximum dans les descentes.

Une chose est sûre, le temps sec des dernières semaines à l'avantage de ses inconvénients : adieu la boue et les appuis fuyants et bonjour la poussière, les ornières et les chevilles disloquées. Deux entorses en moins de un an ne laissent pas que des séquelles physiques. Il est désormais bien difficile de chasser l'appréhension. Tel un éléphant au milieu d'un champ de mines, j'adopte un style tout sauf gracieux dès que le terrain se corse. Ce n'est sûrement pas beau à voir mais ça a au moins le mérite de me permettre de rentrer avec le même nombre de chevilles qu'au départ.

Le terrain est tellement cassant que les quelques longues portions de macadam du départ en deviendrait presque agréables ?! En plus de cela, ces routes me replongent dans de nombreux souvenirs rallystiques : Thubeauville, Parenty, La Houssoye, autant de noms qui fleurent bon le Rallye du Touquet, seule manche nordiste du Championnat de France des Rallyes. Là où nous posons aujourd'hui nos baskets, quelques très grands noms du rallye mondial y ont, quant à eux, posé les roues : S.Loeb, S.Ogier, S.Jean-Joseph, G.Panizzi, F.Delecour pour ne citer qu'eux. Nos petits 12 km/heure les feraient bien sourire...

Entre rêveries et discussions, on en oublierai presque l'on est entrain de courir et qu'un balisage est à suivre ! Alors, je vous le donne Emile, à force d'avoir la tête ailleurs, je fini réellement par y être ! Je suis depuis un moment le même coureur, fidèle à la technique du "mouton" mais pour cette fois une clôture en barbelés nous barre la route ?! Euh... Là je crois qu'il y a un problème. Les autres coureurs passent pourtant à peine à une dizaine de mètres mais impossible de les rejoindre par cette voie ! Au milieu de cette pâture clôturée, je n'ai jamais eu autant l'air d'un mouton qu'aujourd'hui. J'ai presque envie de paître... Il faut pourtant trouver une issue, demi-tour donc afin de récupérer la bonne trace qui n'est finalement qu'à quelques dizaines de mètres, nous avions simplement raté le contournement d'un énorme et bucolique tas de fumier... 

De fumier, parlons en justement, la portion suivante nous amène à traverser un champ dans lequel l'exploitant a gentiment pensé à nous et a épandu des tonnes de cette sympathique mixture... Original ! Cela a au moins le mérite de ne pas être traumatisant pour les pieds, peut-être un peu plus pour les narines ! Pour nous remettre de ce passage "odorant", nous voici partis pour plusieurs kilomètres ultra roulants entre routes et chemins de campagne. Les sensations commencent à être vraiment bonnes et je parviens à dérouler sans souffrir et reprendre une petite dizaine de concurrents avant d'entamer la première vrai difficulté...

Le soleil parvient enfin à percer et nous laisse admirer les paysages qui nous entourent... Le secteur n'est pas sans rappeler celui pas si lointain de Lumbres et la vallée de l'Aa. 

Après un très court passage au coeur du hameau de Hodicq et quelques traversées de la Course, direction les coteaux ! Avec déjà prêt de 15 km dans les jambes, il devenait plus que temps que le compteur D+ s'affole... Les choses sérieuses commencent vraiment. Les organisateurs ont bien fait les choses puisque c'est sur cette portion difficile que je rattrape les concurrents du 15 km. Voir du monde est finalement un bon moyen de ne pas trop subir. On s'encourage mutuellement, on discute un peu du parcours et de ses pièges... Beaucoup semblent déjà connaître les réjouissances à venir.

Une fois le ravitaillement passé, les ressemblances avec l'Aa, ses coteaux et son trail sont encore plus frappantes : des portions improbables au milieu de pâtures et terrain en friches entrecoupées de portions larges et roulantes. Des grimpettes droit dans la pente suivies de descentes dans les mêmes conditions...
Le sol est, quant à lui, toujours aussi miné. Sur les portions herbeuses je ne parviens jamais à me lâcher, trop concentré sur ce qui se passe sous mes pieds. Les occasions de rentrer à cloche-pied sont trop nombreuses pour moi. La fatigue aidant je commence à me lasser...  Trop stressé, je décide de ne plus prendre le moindre risque et je préfère attendre les portions roulantes pour prendre un peu de vitesse.

Avec ce rythme "entre deux eaux", je me fais désormais passer par les plus pessimistes qui étaient partis sur la défensive et qui se lâche enfin dans les derniers kilomètres et je reprends les trop optimistes partis les armes à la main et qui subissent désormais la débâcle... Un groupe d"'Orange" revient à ma hauteur, j'en profite pour leur emboîter le pas à la faveur de sentiers dégagés. Nous arrivons ensemble sur les dernières difficultés mais adoptons deux styles complètement opposés : quand eux courent dans toutes les conditions, j'opte pour la marche dès que les pourcentages approchent la dizaine et je les recolle à la faveur des descentes... Ce petit jeu durera plusieurs kilomètres jusqu'à ce que je rende finalement les armes à notre retour sur les hauteurs du lieu d'arrivée dans une dernière pâture en dévers encore plus casse-pattes que les autres... 

Cette belle ballade se conclue finalement en 2h57 à la 30e place. A ma grande surprise, le physique a plus que bien tenu sur ces 32 km (petit bonus) et 600 D+, cela rassure un peu pour la suite du programme ! Gus, quant à lui, apparemment moins en forme que sur la Montagne de Reims finit tout de même en 2h48 à la 17e place... On a vu pire !




Le debrief :
Pour une première participation, le constat est plutôt très bon et les organisateurs auraeint mérité plus de participants sur le long. Malheureusement, les conditions météos des dernières semaines auront vraiment rendu certaines portions trop cassantes pour moi. Frustrant !

Les + :
 - très bonne organisation (avant, pendant et après), des bénévoles aux petits soins ;
 - bon balisage (quand on ouvre les yeux ;-) ) ;
 - énormément de portions privées ;
 - très beaux paysages ;
 - des classements affichés très rapidement ;

Les - :
 - un terrain très très cassant (la faute à la météo) par endroit ;
 - un premier 15 km un peu trop roulant.

Encore un grand merci aux organisateurs pour cette belle ballade au coeur de la Vallée de la Course !!

Toutes les photos : ici.

mardi 12 mars 2013

Des bulles plutôt que de la mousse...

En ces premiers jours de mars, alors que le Trail des Poilus frappe à notre porte et que son doux parfum se rappelle comme chaque année à nous, d'autres sirènes se mettent à chanter leur air enivrant. Les paroles sont identiques mais la mélodie est bien nouvelle : la montagne remplacera les collines, la forêt (la vraie) remplacera les bois, les vignes remplaceront les pâtures...


Bienvenue en ce dimanche matin dans la pittoresque commune d'Ecueil, au pied de la Montagne de Reims. Des coteaux, des vignes à perte de vue. Une coopérative vinicole en guise de QG, le dépaysement est total et tellement agréable. Pas besoin de faire de longs périples pour se sentir déjà un peu ailleurs. Au moment de notre arrivée peu de concurrents déjà présents mais déjà des dizaines de bénévoles s'activent sur tous les fronts. On se doute déjà que l'on va être choyé !


On prend un café, on se met en tenue pour faire un tour du village au petit trot. Les lieux respirent la quiétude. Pourtant d'ici seulement quelques dizaines de minutes, l'environnement sera quelque peu chahuté... C'est peu de le dire !

9h15. Justement. Tous les coureurs sont priés de se réunir devant les quais de déchargement pour un échauffement musical en commun. Après une première chorégraphie plutôt en phase avec ce qui nous attend (montées de genoux, talons-fesses,etc.) la suite est exactement ce que nous redoutions (ou attendions, c'est selon) : l'inévitable "Gangnam Style" ! Les GO plus survoltés que jamais se lancent dans la chorégraphie complète. Un flashmob de plusieurs centaines de trailers multicolores entrain de se démembrer, l'image doit vraiment valoir le coup ! Il est vrai que les départs se font en général plus facilement au son de Era et autres musique de péplum, mais même si le résultat est, cette fois-ci, complètement différent, il n'en est pas forcement moins agréable.


Désacraliser, ne pas se prendre trop au sérieux, cela me va bien finalement.



Une fois ce grand n'importe quoi terminé, à peine le temps de se placer que le départ est donné. Quelques hectomètres à travers le village et nous attaquons déjà les premières montées. Les chemins sont suffisamment larges pour que les 800 paires de jambes ne s'entremêlent pas trop. Sur ces coteaux j'entame, quant à moi, mon marathon photographique : je trottine, m'arrête, prend une photo ou deux, repars... stoppe à nouveau.  J'ai pourtant l'impression de doubler des dizaines et des dizaines de coureurs, ce n'est malheureusement qu'une illusion. Je fais en réalité constamment le yo-yo avec les mêmes coureurs. Mon frère doit, quant à lui, être déjà bien loin...


Les premières grosses pentes étirent un peu plus la cohorte. Les adeptes habituels de terrain plus roulants y sont immédiatement démasqués : complètement arrêtés dès que le sol se dérobe. Dans ces moments là, on a vraiment la sensation de voler... ça ne durera pas. 
Après ces quelques kilomètres de vignobles, il est grand temps d'attaquer les choses vraiment sérieuses ! Pour commencer, une longue et large montée qui nous amène à la bifurcation. A gauche pour les plus fous, tout droit pour probablement les plus perspicaces...

Le moins que l'on puisse dire c'est que le nombre de compagnons de jeux a sérieusement fondu. En guise de bienvenue, une interminable ligne droite dans un bourbier digne de chez nous. J'en profite pour manger un petit quelque chose, mais tous les appuis étant fuyants, impossible de me dépêtrer de l'emballage ! A cet instant, je m'obstine encore à tenter d'éviter les plus grosses flaques... si seulement j'avais su.


S'en suit une descente brève mais très pentue. Nous replongeons ainsi au milieu des vignes pour un petit kilomètre. Je n'ai jamais vu un tel terrain : une terre glaise qui reste bien accrochée aux pieds. On se retrouve donc rapidement avec deux énormes pneus slicks au bout de chaque jambe. Les virages serrés se passent tout en travers, les ré accélérations se font tout en douceur sous peine de surplace. Que le parcours d'origine est était raccourci de 2 km ne sera finalement peut-être pas un mal.


Nouvelle grimpette afin de s'immerger pour de bon dans cette fameuse Montagne. C'est ici que le plaisir commence vraiment. De superbes singles slalomant à travers les arbres, un terrain sans trop de boue. En file-indienne, on a vraiment l'impression de ne pas trainer. Pas de montre, pas de GPS, je ne sais pas où je suis ni depuis combien de temps nous sommes partis, j'ai simplement envie que cette trace ne se finisse pas. Au pire, qu'elle nous porte vers quelques unes de ses consoeurs toutes aussi jolies. Régulièrement nous croisons d'autres sentes appétissantes. Les unes après les autres elles m'aguichent mais je ne cède pas, je reste fidèle à celles qui nous portent.

Afin d'éviter de tout de même de sombrer dans la monotonie, nous entrecoupons régulièrement notre progression de gymkhana et de passages bien boueux. Les cuisses, les adducteurs ne risquent pas de s'assoupirent. Les chevilles sont elles aussi à l'ouvrage et se chargent d'atténuer les nombreuses rencontres avec les racines affleurantes. Merci à ma fidèle chevillière qui a une nouvelle fois fait état de toute son efficacité.

Pendant ces kilomètres, l'altitude oscille constamment entre 225 et 275 mètres. Sans vraiment s'en rendre compte, le dénivelé commence à se cumuler. Les raidillons se multiplient, tout juste entrecoupés par quelques routes forestières plus larges et praticables ou d'improbables bourbiers dans lesquels n'existent pas la moindre échappatoire. Contraints, forcés, nous y jetons gaiement les jambes, en espérant simplement ne pas y laisser l'une ou l'autre de nos chaussures.

Nous serpentons dans cette forêt domaniale depuis déjà plusieurs kilomètres et c'est seulement à cet instant qu'elle décide de nous dévoiler ses plus beaux atours... L'Ardre en est probablement l'un de ses principaux. Ce cours d'eau accompagne désormais notre progression pour une brève première rencontre, apportant avec lui de magnifique paysages, des chemins toujours plus étroits et sinueux et de l'eau sous toutes ses formes.

De la plus apaisante (Etang de Moreuil) :   
A la plus sportive :

Avec de telles portions, pas de risque que je fasse augmenter ma moyenne... La multiplication des pauses photos me contraint de laisser la place à de nombreux concurrents précédemment dépassés. Tout est à refaire. J'essaie de gêner un minimum mais cela ne semble tout de même pas du goût de tout le monde... Ce n'est pas de ma faute si tout est joli ?! 


Après l'Ardre, nous voici à serpenter pour de longues minutes en surplomb d'un petit ruisseau (je n'en ai pas trouvé le nom). Le cadre est le chemin sont hyper agréables, même si je commence à ressentir sérieusement le manque d'entraînement, impossible de souffrir dans un tel endroit. A gauche, à droite, en haut, en bas, dans la boue, accroché aux branches... je m'éclate ! En guise d'apothéose, on finit même par traverser à la corde ce magnifique ruisseau. Quel pied !

Vient ensuite une transition roulante au cours de laquelle j'en profite pour m'alimenter et reprendre un peu de vitesse. La tête commence à tourner et les jambes à s'alourdissent... Ce n'est pas gagné. Heureusement une nouvelle portion de Montagnes Russes Reims débute. Les coureurs qui me précèdent sont un peu moins rapides, alors je m'impatiente un peu et suis finalement déçu de ne pas pouvoir profiter complètement de cette portion. Un vrai gosse...

Après cette vingtaine de kilomètres, il est temps de plonger vers le seul et unique ravitaillement, situé sur la commune de Courtagnon. Sur place, le choix est difficile : de l'eau ou de l'eau ? Après avoir demandé conseil aux personnes présentes et appelé un ami, j'opte pour la première proposition. Si en plein été, un verre d'eau bien frais fait le plus grand bien, en ce dimanche plutôt frisqué ces gorgées ne vont pas vraiment me réchauffer ! Ca pique...

Ce bref arrêt ne semble pas avoir amélioré mon état. J'ai de plus en plus froid, j'ai faim et la tête qui tourne. Même le nouveau court passage autour de l'Ardre et ses étangs ne parvient plus vraiment à me divertir. Le spectacle est pourtant toujours aussi charmant.

Afin de regagner la forêt, nous sommes contraints de gravir un joli mur que plus personne ne s'aventure à courir. La montée est pénible. Je ne me sens clairement pas bien : la tête tourne, je suis affamé, j'ai froid, très froid. Me voici face à ma première fringale en course ! Je suis contraint de stopper pour rajouter une épaisseur et manger tranquillement. Au bout de quelques instants je parviens à repartir tant bien que mal. A peine 100 mètres qu'une violente crampe me tétanise l'arrière de la cuisse gauche. Nouvel arrêt pour une séance d'étirements... Les coureurs défilent et m'encouragent, compatissants.

Je tente de repartir en trottinant, mais le genou gauche ne veut plus rien savoir. La crampe ressentie a probablement raidie d'autres muscles... Il m'est devenu impossible de courir ! Le moral est à 0, c'est la première fois qu'une envie d'abandonner me traverse l'esprit. Le constat est amer : d'un côté je me suis surestimé (pensant pouvoir couvrir 33 km après 6 mois d'arrêt), de l'autre j'ai sous-estimé cette course (pensant le terrain "relativement" roulant).

Il n'y a pas de quoi être fier mais bon, je ne sais pas où je suis, il reste environ 13 km : qu'est ce qu'on fait !

La décision est prise : je vais au bout, tant pis si le frangin doit attendre ! La douleur n'étant pas présente à la marche, j'avance le plus vite possible tout en me faisant dépasser continuellement. Je me console en me disant que de toute façon les portions que nous traversons pour le moment ne sont pas les plus "funs". Au bout de plusieurs dizaines de minutes, je parviens à nouveau à alterner marche et course entre deux douleurs.
A ce petit rythme, le village de Pourcy se profile enfin. Même si je n'avais pas été au courant que ce lieu avait été le théâtre du ravitaillement du 15 km, il était assez facile de le déduire... Malgré les consignes des organisateurs, malgré l'esprit civique qui est censé habiter chacun de nous, de nombreux gobelets jonchent les bas-côtés. Compte tenu de mon rythme de sénateur dans la longue montée du GR du pays de l'Ardre, j'en profite pour faire un peu de ménage... C'est navrant ! J'aurai au moins cette satisfaction.

Au cours de cette portion au coeur des vignobles, j'en profite pour observer les nombreux exploitants s'afférant au milieu de ce paysage manquant encore cruellement de couleur en ces derniers jours d'hiver. Les dizaines de pantins multicolores que nous sommes ne semblent pas pouvoir les perturber. Même un bonjour parvient difficilement à les détourner un instant de leurs coupes chirurgicales. 

Mais il est désormais grand temps de nous immerger pour la dernière fois dans ces forêts avant de replonger pour de bon vers notre lieu de départ. Mon chemin de croix n'est prêt de se terminer : les portions marécageuses succèdent aux portions boueuses. Pas la peine de chercher les bons appuis, ils n'existent pas. Je n'avance plus, mais je me rassure en réalisant que finalement plus personne ne me passe et que je reprends plusieurs coureurs qui semblent tout aussi "aériens" que moi. Si nous nous trouvions sur un champ de bataille, nous serions peut-être achevés (finalement avoir évité "Les Poilus" m'a peut-être sauvé la vie...). Dans ces conditions, le temps ne semble pas filer, je continue de m'alimenter pour reprendre des forces mais la sensation de faim ne passe pas... Même si la douleur au genou s'est atténué, je ne peux plus relancer : je n'ai plus aucun jus ! Alors même que le cardio est redescendu au plus bas, impossible de retourner au combat. Je me surprends même à quasiment détester cette boue qui m'éclate le reste de l'année.

C'est désormais résigné que je guette, impatient, les prochains singles qui permettront d'égayer cette fin de course. D'ailleurs, les voici enfin ! Une sente sinueuse et étroite des arbres de chaque côté, il n'en faut pas plus pour avoir à nouveau l'illusion d'avancer. Quel pied cela aurait pu être dans un autre état de fraîcheur ! C'est vraiment ce type de secteur qui manque à notre région. Peu importe le niveau, peu importe la vitesse, on y prend du plaisir.

C'est donc légèrement revigoré que j'aborde la dernière partie caractéristique du parcours. Nous voici pour de bon revenus sur les hauteurs du vignoble. Le site d'arrivé est déjà en vue, pourtant il reste encore quelques kilomètres et côtes à assumer. Un dernier combat psychologique afin de passer au mieux ces difficultés, à nouveau cette terre collante si caractéristique, des faux-plats, des descentes raides et toujours cette arrivée qui nous nargue... L'orgueil se mêle lui aussi au final, me poussant à ne plus accepter de me faire dépasser. A l'amorce de la vertigineuse descente finale, je prends même en point de mire plusieurs victimes potentielles avec pour objectif simple de franchir la ligne avant elles. Contrat finalement rempli à 90% puisque les crampes me rappelleront à quelques encablures de la ligne...

Persuadé d'avoir bouclé en plus de 4 heures, quelle n'est pas ma surprise de constater que le chrono final n'est pas si déprimant : 3h43 et une flatteuse 94e place. Il est clair que je ne suis finalement pas le seul à avoir souffert... En tout cas, ce n'est pas le cas pour Gus qui boucle l'affaire en moins de 3h15 et une superbe 28e place ! Mes respects.


Le reste des photos se trouve ici.

Debrief :

Même si la seconde partie de course fut la pire qu'il m'était donné de vivre jusque là, le parcours et ses organisateurs n'en sont en rien responsables, alors il me reste au final un excellent souvenir de cette course :

Les plus :
 - une organisation au top, une équipe survoltée à la bonne humeur contagieuse ;
 - un échauffement original (un Harlem shake en 2014 ?) ;
 - malgré 800 coureurs aucun bouchon à déplorer grâce à un départ large mais tout de même pas facile ;
 - de nombreux singles techniques et esthétiques ;
 - un balisage simplement parfait : aucune hésitation en 33 kilomètres ;
 - un parcours usant ;
 - le champagne à l'arrivée.

Les moins :
 - une douche encore plus froide que l'eau du ravito (le dernier combat psychologique de la journée) ;
 - quelques très longues lignes droites dans le bourbier.

Un énorme bravo aux organisateurs !

Quant à moi, il devient plus que temps de m'y mettre sérieusement...

dimanche 27 janvier 2013

Le Grand Nord

Après, une fin d'année 2012 douce et arrosée, prolongeant encore un peu plus un automne semblant sans fin ; l'hiver se décide enfin à pointer le bout du nez. Patient, il a permi à chacun de se souhaiter les bons voeux sans difficultés avant d'entrer finalement en scène avec toute la vigueur de celui qui cherche à rattraper son retard...

Le froid le vrai, celui qui cingle le visage, pétrifie les membres inactifs, fige pour de bon une nature perturbée par tant de douceur et déjà sur le point d'émerger. Probablement soucieux de convertir les plus sceptiques, un épais manteau neigeux s'invite à son tour offrant ainsi un dépaysement bienvenu après ces mois d'arrosage en continu.

Quel meilleur moment que celui-là pour tenter de remettre un pied devant l'autre ?! Des paysages magnifiés, une faune jamais aussi visible, un terrain exigeant ; bref un cocktail parfait pour occulter les éventuelles douleurs qui se manifesteront sûrement...


Quel pied d'arpenter dans le calme le plus absolu, les bois, les coteaux, la campagne. Les rabats-joie ont pris soin de se calfeutrer chez eux priant aux jours de redoux et laissant aux plus joueurs le plaisir de déflorer ces nombreuses étendues encore vierges. 

Le noir ne se fait jamais vraiment. Pas un bruit, juste celui des branches secouées sur le passage d'oiseaux effarouchés et de la neige remuée par des chevreuils curieux de cette visite nocturne. Quelle surprise de compter à travers le halo de la frontale des dizaines de paires d'yeux accompagnant ma progression ! Semblant conscients de leur supériorité dans de telles conditions, je parviens sans les effrayer à les approcher à une dizaine de mètres. Pendant que je progresse vers un groupe, un second profitant de mon inattention se faufile dans mon dos. On en deviendrai presque parano... Ca mange quoi déjà des chevreuils ? Vont-ils m'agresser ? Sont-ils armés ? Là où je suis personne ne m'entendra crier... Je quitte finalement doucement les lieux et m'excuse pour le dérangement. J'ai la vie sauve ! 

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La fin est annoncée pour demain... Des températures positives et des pluies abondantes ont prévu de faire disparaître ces paysages de carte postale. Alors, même si le vent se déchaîne, en ce samedi matin, je suis obligé de me bouger afin de profiter une dernière fois. A peine parti, des congères d'un bon mètre m'immobilise. Le peu de sport des derniers mois et un froid piquant font très vite monter la cardio. J'ai la sensation de reprendre de zéro !
Ne cherchant pas à faire des kilomètres pour le moment, mais plutôt à me renforcer musculairement en prévision de l'échéance du mois d'avril, je prends la direction des terrils jumeaux d'Haillicourt pour une petit séance d'alpinisme. Le froid allié à un vent violent rend la progression lente. Là haut, les températures ressenties sont bien inférieures au zéro et même l'appareil photo "perd la boule" ! Pourtant pleine, la batterie congelée ne parvient pas à transmettre son énergie... J'en suis contraint à la démonter et la réchauffer avec les moyens du bord. L'humidité ambiante floue l'objectif, ce n'est pas aujourd'hui que je ferai des chefs- d'oeuvre !          


Que ça soit dans les montées ou les descentes, le style adopté n'est pas très académique. Sur les mains, les fesses, les genoux et plus rarement sur les jambes... 

Usé mais heureux ! De courir dans de telles conditions mais aussi et surtout de ne pas le payer physiquement le lendemain. L'échéance approche et je ne voudrai surtout pas boire le "Bouillon" en avril ! 

En tout cas, vive l'hiver ! Mais le vrai !

Plus de photos ici.

mercredi 2 janvier 2013

En Flandre à marée basse...

Trois mois à ne rien faire... Alors forcement, au bout d'un moment ça finit par démanger ! Impossible pourtant de s'y remettre à 600% sous peine de rechute, alors il vaut mieux rester raisonnable et ce limiter en temps, kilomètres et dénivelé...

Partant de ce constat, il est temps de trouver un parcours regroupant tous ces critères dans un cadre "normalement" sympathique. Un petit tour sur le site de C.Barbier est le tour (de Flandre) est joué ! ... Bon. Le tracé ne regroupe plus vraiment les conditions d'origine (43 km et 1030 D+) mais le but étant de se faire plaisir on devient rapidement moins raisonnable. Ne reste plus qu'à persuader le frère de faire cette petite promenade en mode randonnée...

J'ai finalement plus de difficultés à me convaincre moi-même, et nous nous accordons sur le dimanche 30 décembre, afin de clôturer en beauté cette année 2012.

Le problème de la planification, c'est que l'on devient dépendant des aléas climatiques. Et, là, pour cette fois, il ne nous sont guère favorables. Le terrain s'annonce glissant... Mais qu'à cela ne tienne, après avoir tout de même renoncé à une version 100% nocturne, nous élançons sur les coups de 11 heures de la commune de Saint Jans Cappel, au pied du Mont Noir.


La promesse d'une amélioration annoncée en début de semaine est belle et bien oubliée. Un plafond nuageux toujours aussi bas, duquel seuls quelques rayons tentent de s'extirper. Après un petit kilomètre de macadam pour se chauffer les conditions tant redoutées nous font face : des chemins transformés en ruisseau, de la boue à perte de vue. Les lieux déjà empruntés 3 mois plutôt paient cher le passage à l'heure d'hiver. Les paysages verdoyants et lumineux ont laissé place à un austère nuancier de bruns...


Impossible de garder les pieds au sec. Aucun moyen d'éviter les flaques tant le terrain est humide. Espérons juste que les 42 km restant ne se révèleront pas pire !! Toujours est-il que, même dans ces conditions, l'objectif reste le même, alors direction le Mont Rouge pour cette première portion en terres belges. A force d'avoir arpenté les terres du westhoek, un constat me semble inévitable : nos voisins semblent bien plus sensibles à la culture sportive et la préservation de leur environnement (je précise bien "leur"). Que ce soit à pieds ou à vélo le nombre de sportifs croisés me semblent toujours bien supérieur du côté néerlandophone de la frontière. La ferveur y est bien supérieure et ce n'est pas les nombreux rallyes auxquels j'ai pu assister qui me donneront tort... Alors je ne sais pas vraiment si c'est cette ferveur qui pousse à multiplier les chemins et aménagements pour les randonneurs, ou alors si c'est justement cette abondance qui fait naître de nouvelles passions...

Mais, dans tous les cas, les réponses à nos "bonjours" se sont majoritairement faites avec une pointe d'accent et le plaisir, pour nous, c'est une nouvelle fois trouvé surtout de ce côté de la frontière.


Même si tout est pensé pour la ballade, la vigilance reste de mise sur les nombreux caillebotis rendus extrêmement glissant par l'humidité ambiante... D'ailleurs, un triple lutz mal réceptionné aurait pu compromettre la suite de ce périple ! Alors : méfiance... Ne courir que sur le plat ou dans les descentes n'est finalement pas si frustrant que ça, tant l'état des chemins est "immobilisant" dans les montées !

Pour ne rien arranger, dès que le parcours boucle sur un même secteur le GPS perd le nord. Alors on jardine pas mal, voire beaucoup... Il doit y avoir 2 ou 3 paramètres à revoir pour éviter les : "C'est à droite ! ... Euh bah non en fait, plutôt à gauche... Quoi que pas sûr... Mais si quand même... Attends, tu sais ce qu'on va faire ? On va reprendre en sens inverse !"

Une fois ça passe, deux aussi, trois bon ok... mais au bout de 6 heures de promenade, le travail n'est plus physique mais mental ! Avec tous ces petits tours et détours, le Mont des Cats n'a désormais plus aucun secret pour nous... enfin j'espère !




Avant d'y arriver justement, il a fallu se "farcir" le Mont Noir et ses nombreuses surprises, surtout à base de boue...  Obligés de s'inventer des chemins, quand cela était possible. Quand ça ne l'était pas : le résultat est en photo ! A force de kilomètres et d'appuis incertains, les adducteurs finissent par siffler. Pourtant les conditions sont tellement extrêmes qu'on prend plaisir à se mouvoir dans ce bourbier... A plus d'une reprise, les baskets tentent de se faire la belle et finalement, à bien y réfléchir, à pieds nus le résultat n'aurait pas été bien différent !



Après le petit Mont Kokereel et le Mont Boeschepe, direction le Mont des Cats. Ici l'accumulation des kilomètres, une belle petite averse et un parcours beaucoup moins fun vont sérieusement entamer le moral. Mine de rien, ne pas courir ou très peu est au moins aussi usant que faire le même parcours à bonne allure. Le temps ne semble pas filer et, du coup, le compteur kilométrique est au ralenti...

L'arrivée de la nuit n'arrange pas réellement nos affaires, la transition entre France et Belgique est sans fin. Dans le noir, avec le sol qui se dérobe, on a l'impression de ne plus avancer. L'absence de sport depuis 3 mois commence à violement se faire sentir, le genoux droit ne supporte plus la moindre extension. J'en arrive à monter plus rapidement que je ne descends. Gus traîne maintenant un boulet de 72 kilos, même pas capable de rouler dans les descentes. Pour couronner le tout, il tente de me remonter le moral en me montrant sur le GPS que nous ne sommes plus loin de notre objectif. Bon, ok c'est sympa mais quand le final tourne, retourne, monte et descend, on met quand même plus d'une heure à boucler ce "petit" final.
19h. Après 7h40 de promenade, on boucle enfin ce parcours bien exigeant. Avec quelques portions bonus et interprétations libres du parcours d'origine, nous affichons un total de 45,7 km et 1 240 D+.

Une chose est sûre, la marche n'est finalement pas si reposante. Quand le paysage ne défile pas très rapidement, l'usure mentale est au moins aussi éprouvante que la physique ! Dans tous les cas, la partie belge du parcours et la partie française du Mont Noir nous ont une nouvelle fois conquis : variée, technique, esthétique. Le rendez-vous est déjà fixé pour une prochaine virée dans un contexte peut-être un peu plus verdoyant...


Le reste des photos est ici.